Résistance

Lorsque vous grimpez une voie difficile où s’enchainent de mauvaises prises, de nombreuses contractions musculaires nécessitant une part élevée de votre force maximale vont se succéder. Cette capacité des muscles à fonctionner le plus longtemps possible sans oxygène, et donc à enchaîner une quantité de mouvements difficiles sans repos est nommée « résistance ». 


Le terme de « résistance » est plutôt inadapté

Trop général, il désigne un spectre large allant de votre capacité anaérobie à votre puissance aérobie. D’un côté du spectre vous allez avoir votre capacité à enchainer des blocs longs ou des mouvements d’intensité élevée (12 secondes à 2 minutes), de l’autre votre aptitude à grimper longtemps à intensité modérée (la sensation de daubante de l’espace et de bouteilles) et à récupérer. Les anglais utilisent le terme (qui a dit l’oxymore ?) de « power-endurance » qui n’est pas forcément plus adapté. D’un côté une facette plutôt orientée puissance (anaérobie alactique), de l’autre plutôt endurance locale (aérobie). Ou d’un côté la « rési courte » et de l’autre la « rési longue », avec à l’extrémité du spectre la “continuité”

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Mais tout cela ne sont que des considérations de vocabulaires. Tout ne se travaille pas de la même manière, ni au même moment.

En fait cette question de la « résistance » (à quoi ? aux lactates ?) est étroitement liée à votre endurance. Toutes les filières énergétiques étant associées, il faut avant tout développer votre capacité aérobie (voir à ce sujet ce chapitre), car cette filière va être prédominante dans votre aptitude à gérer la sensation de daubante et à récupérer.


Nous sommes donc face à un concept très large. Encore une fois, vous pouvez augmenter le seuil de cette résistance en travaillant votre endurance spécifique (la capacité aérobie propre à vos avant-bras). Parallèlement, si vous augmentez votre niveau de force, l’effort nécessaire à la préhension puis au mouvement sera moindre, vous allez donc avoir besoin de générer moins de force pour tenir les prises et faire les mouvements. Vous pouvez également chercher à créer les adaptations nécessaires afin que vos muscles puissent fonctionner plus longtemps sans oxygène, retardant ainsi la glycolyse et l’arrivée de cette fameuse daubante. Enfin par diverses stratégies vous pouvez travailler l’économie de mouvement. D’un côté on a un travail qualitatif, de l’autre un travail épuisant pour notre organisme (c’est un point de vue qui n’engage que moi).

Vous l’avez compris, difficile d’être un défenseur d’un travail exagéré de cet attribut. D’abord parce que exécuté à trop haute dose, ses effets peuvent être contre-productifs. S’entrainer en capacité anaérobie sans avoir une bonne capacité aérobie s’est s’exposer à des effets pernicieux. La réponse de votre organisme à un travail de votre capacité anaérobie va être de générer des lactates, et c’est le système aérobie qui est responsable de leur élimination. Sans posséder une capacité aérobie suffisante, ces sous-produits ne seront pas correctement réutilisés. Concrètement vous allez vous retrouver daubé plus que de raison. Le résultat sera relativement similaire si vous entrainez trop cette filière (plus de 2 à 3X / sem.) en raison des dommages causés régulièrement par les enzymes anaérobies.


Les séances d’entrainement axées sur la force vont, comme leurs noms l’indiquent, vous rendre plus fort. Celles axées sur la résistance vont vous permettre d’être physiquement “en forme”

Ce type d’entrainement doit donc être judicieusement placé dans votre préparation. Parallèlement, il va être tout aussi important de choisir à quel moment entrainer cette filière anaérobie lactique que les exercices qui vont développer cette qualité. Car ce sytème énergétique est (de loin) celui qui est le plus difficilement entrainable. En deux semaines, vous pouvez avoir atteint votre plein potentiel. En règle générale après 4 semaines, les effets d’un tel cycle vont commencer à diminuer. 

De plus, les effets qui vont advenir d’un tel entrainement vont être spécifiques aux muscles et fibres utilisés, et comme chaque préhension utilise des muscles différents, les adaptations ne vont opérer que pour les préhensions entrainées. Quitte à s’entrainer en rési, essayez de reproduire le plus fidèlement le style de grimpe auquel vous allez être confronté ! Ou pour faire simple : si votre projet est un festival d’arquées à Voralpsee, ne vous entrainez pas sur des pinces… C’est cette spécificité qui rend l’entrainement de la résistance problématique (ou plutôt devrai-je dire complexe) : type et taille des prises, nombres de mouvements, durée d’effort doivent être le plus proche possible de votre projet.


Que reste-t’il ? Concrètement, s’entrainer en rési, n’est-ce pas aussi apprendre à grimper « pété », à avancer coûte que coûte ? A mettre du rythme ? 

S’entrainer en rési va être éreintant. Vous allez suer, crier et il y a de fortes chances que pour vous messieurs, cette histoire se termine le torse nu (pour le bonheur de certain(e)s). C’est ici que l’on ressort les disques de heavy metal, le bon vieux flow de Joey Starr ou les basses qui fracassent les vitres. Vous l’avez compris, la ténacité va être votre meilleur guide. Ici une poutre ne va pas suffire (quoique c’est possible mais le niveau d’abnégation à atteindre est vertigineux), un pan avec de la hauteur et pas mal de prises sera clairement plus adapté.

« En escalade le muscle le plus important est le cerveau » 

Wolfgang Güllich

Et n’oubliez pas de procéder à un retour au calme en fin de séance. Bon courage…