La peur de l’échec

L’échec fait partie du jeu de l’escalade

La peur de l’échec se construit par rapport à nos attentes et à notre volonté de réussir. Échecs et réussites ne sont que des points de vue rattachés à une construction, elle même liée à nos attentes. La réussite est une projection mentale étroitement liée à une conception individuelle qui s’est construite au fur et à mesure de notre éducation (enfants, toutes nos actions étaient évaluées par les adultes) et de nos expériences.

Votre pratique de l’escalade va se construire autour de ces alternances d’échecs et de réussites. Grimper à vue en sera sa quintessence : un seul essai, sinon rien…

Les personnes qui réussissent ne sont pas celles qui n’échouent pas, mais celles qui n’abandonnent jamais.


Distinguez les enjeux des résultats

Gérer ce champ varié de paramètres qui s’étend de l’acceptation de l’échec en passant par le regard des autres nécessite une confiance en soi indéniable. Y faire face est un processus complexe qui demande d‘apprendre à dissocier l’enjeu du résultat.

Séparer l’image de soi de la performance attendue, s’entourer de personnes positives, se remémorer les réussites passées (afin d’avoir réellement confiance en ses habiletés) sont autant de stratégies qui ne doivent pas vous faire oublier que l’escalade est avant tout un jeu, jeu dont vous décidez des règles. Réaliser vos attentes viendra avec le temps et les efforts consentis, tout le monde « rase » (régulièrement).


Renversez le paradigme de la réussite !

Le sentiment d’exaltation qui accompagne la réussite d’une voie ou d’un bloc est fantastique et addictif. Plus l’objectif atteint et la quantité d’efforts investis seront considérés comme conséquents, plus les sentiments positifs qui accompagnent le succès seront puissants, et parallèlement, désirés. 

A l’inverse, les sentiments négatifs sont propres à la sensation d’échec. Des sensations aussi diverses que la frustration, la négativité voire le dégoût de soi peuvent surgir. En fait, en rapprochant une sensation positive de la réussite, on y oppose une sensation négative (l’échec). On éloigne donc complètement la sensation de plaisir, qui de fait ne peut exister que lors de réalisations positives. Mais lorsque l’on renverse ce paradigme, en imaginant par exemple la « réussite » comme une belle journée dans la nature, en bonne compagnie, à essayer de belles voies (parce qu’en réalité, c’est ça l’escalade, et l’on grimpe avant tout pour soi), la dichotomie réussite / échec s’en voit chamboulée.


Video killed the radio star…

Un problème récurrent se trouve dans le traitement médiatique des images propres à l’escalade. Celles-ci affectent directement notre imaginaire, les vidéos qui nous font rêver parlent d’enchaînement, jamais de rasades, rarement de déceptions. Ces représentations ne retiennent que le succès, jamais le chemin.

Or c’est une réalité, si vous aspirez à progresser, il va falloir apprendre à aimer ce chemin et cette alternance de petites victoires où se succèdent aussi bien déceptions que remises en question. Psychologiquement parlant, il faut apprendre à faire la distinction entre succès et progression, l’un n’arrivant jamais sans l’autre. Une journée à ne pas faire les mouvements dans un bloc où à ne pas sortir la corde dans une voie n’est pas forcément une journée perdue. Soyez positifs !


Établissez un état mental propre à la réussite.

Une autre stratégie peut consister à enchaîner des voies pour se mettre en confiance. Particulièrement utile après une longue période d’entrainement où lorsque vous doutez de vos capacités (doutes qui peuvent vous affecter psychologiquement), l’idée est de se remettre dans cet état d’esprit positif d’enchaînement. L’entraineur américain Steve Bechtel parle de « second tier climbing ». La confiance en soi repose sur la répétition des réussites !

Plutôt que de faire la chasse à la croix, il conseille de chercher à établir un cycle d’enchainements pour se mettre dans un état mental optimal. À l’inverse de faire des voies faciles (échauffement) et des voies (ou blocs) dans son niveau max (projets), Bechtel recommande de gravir des voies d’une à deux cotations inférieures à son niveau max.

Ce « second tier climbing » désigne des blocs et voies suffisamment difficiles qui vont vous demander un investissement certain, quoique pas assez extrêmes pour que vous ayez à y passer tout votre trip (ou saison). En s’éloignant un temps de son objectif premier, en rétablissant une spirale d’enchaînement, on établit un état mental de réussite qui va préparer à l’état mental spécifique à la réalisation de votre but principal. Grossièrement, l’idée sous-jacente est de faire fructifier son mojo de la grimpe !


Aimez l’escalade comme un chemin, non comme un but.

Elle est une parabole de la vie où l’on passe et repasse inlassablement par le même processus. Une période d’apprentissage et de galères, de pleurs, de peurs, de succès et de sensations d’être invincible, pour perdre à nouveau tous ses moyens, ses repères, et devoir tout réapprendre. Et tout recommencer encore et encore. Le processus psychologique propre à la réussite d’une voie est à l’image de la vie : cyclique…