Gérer la transition entrainement → performance sur le caillou ?

Petit à petit, les beaux jours réapparaissent. Vous venez de passer l’hiver en salle à tourner en rond et à attendre le retour des bonnes conditions. Vous avez vu les tickets de magnésie de vos projets disparaître sous les résurgences (cela dit, vous auriez du les brosser…). Votre motivation en berne a été incessamment stimulée par des vidéos d’escalade au contenu parfois douteux.

La vie n’étant qu’impermanence, peu à peu les beaux jours réapparaissent, les journées s’allongent et la forme revient. Désormais, il est grand temps d’aller plier ces lignes qui ont tant occupé vos pensées. Toutefois, après des semaines à serrer de la résine, certes vous explosez votre record personnel de tractions à un bras, et pourtant lors de votre retour sur le caillou, c’est la débandade. Petit mental, pieds qui zippent, daubante de l’espace et j’en passe. Que se passe-t-il, on m’aurait menti, l’entrainement ne fait donc pas progresser ?

Non, l’entrainement ne fait pas (toujours) progresser

Gérer le passage entre phases d’entrainement et performances sur le caillou est un processus qui peut être éreintant, physiquement et mentalement. Notamment si vous venez de passer votre saison off à travailler uniquement vos points forts (l’erreur classique), reléguant vos points faibles au second plan (cela peut être un certain type de préhension, une durée d’effort, ou encore un style d’escalade en particulier).

Encore une fois, l’escalade est un sport de mouvement et d’habiletés. La performance en escalade regroupe un champ varié de paramètres. Être une machine physiquement ne fera pas de vous un meilleur grimpeur, vos phases d’entrainement doivent donc toujours comporter un travail technique.

Pouvez-vous citer un seul sport où la progression ne passe pas aussi par un travail technique ?

Qui peut se targuer de n’avoir plus rien à apprendre sur le plan gestuel ?

Et pourtant, trop nombreux sont les personnes qui tombent dans la spirale d’un entrainement routinier (souvent axé sur une filière énergétique en particulier : résistance, force, etc.) et qui négligent la part nécessaire de pratique.

Avez-vous respecté des phases de repos adaptées ? 

La mentalité classique « une séance réussie est une séance où je rentre chez moi en étant défoncé(e) » n’est pas vraiment adaptée au contexte de l’escalade. En matière de grimpe et de progression, mieux ne veut pas forcément dire plus.

Si vos phases d’entrainement sont trop intenses et comprennent trop peu de repos, il y a de fortes chances pour qu’une grande partie des bénéfices de vos sessions indoor soient perdues, ou du moins, réduites.

Et donc, comment s’y prendre pour gérer au mieux la transition entrainement → performances sur le rocher ?

Comme expliqué précédemment, vos périodes d’entrainement doivent comporter des phases de repos, mais aussi de pratique ! Allez développer votre métabolisme aérobie en faisant des grandes voies, faites un stage de pose de pieds dans quelques classiques bellifontains aux cotations ne flattant pas l’ego ou simplement allez grimper à vue dans votre falaise locale. Bref, passez du temps à pratiquer dehors ! L’escalade en salle est à l’escalade ce que le cheval d’arçons est à l’équitation !

À défaut, si vous n’avez pas accès à une pratique régulière à l’extérieur, voici quelques lignes directrices :
  • La plupart des salles d’escalade, en plus de vous proposer atmosphère bondée, sauna et bières fraiches en fin de séance, ont cette fâcheuse tendance d’utiliser des prises de pieds souvent trop volumineuses. Malheureusement, la réalité du rocher est tout autre… De fait, travaillez des mouvements, blocs et voies comprenant des pieds les plus petits possibles (c’est-à-dire semblables à votre pratique à l’extérieur).
  • Après de longues périodes d’entrainement, vous devriez avoir augmenté votre niveau de force. Or une fois cette force acquise, il n’est pas rare de se retrouver à serrer les prises plus que de raison. Ce qui nous ramène au point précédent : vous voilà dehors, les pieds sont bien moins francs que lors de votre pratique indoor ; pas de problème, vous avez désormais une force de lutteur bulgare, donc vous tirez les prises comme une mule, ne poussez pas sur les pieds et ne réfléchissez pas à vos placements. Selon un rapport de cause à effet bien établi, vous vous retrouvez à dauber à la vitesse de la lumière. 
  • Détendez-vous, respirez, et faites vous léger. Cherchez à appliquer la force requise minimum pour tenir chaque préhension, guère davantage. Vous êtes une plume, pas une brique. Tel devrait être votre mantra.

Faites fructifier votre confiance

Ne sautez pas sur votre projet au premier rayon de soleil venu. Au contraire, laissez vous le temps de prendre confiance en vous et en vos capacités. Essayer d’enchaîner des voies ou blocs proches de votre niveau max, mais qui ne vous demandent pas un investissement trop important (faisables à la journée ou au week-end par exemple).

Ainsi, vous allez petit à petit prendre conscience de vos capacités et faire fructifier votre confiance, ce qui sera un atout indéniable si vous essayez des voies à votre limite où le challenge mental sera important. Parallèlement, vous pouvez utiliser certaines techniques de visualisation.

Enfin, pour maintenir vos performances après une période intense d’entrainement, diminuez votre volume d’activité (pour faire simple divisez votre volume d’activité de moitié, mais maintenez l’intensité tout en observant des phases de repos adaptées).

Tout est expliqué ici.

Que la force soit avec vous !